Une histoireet un message pour le solsticeAux membresdu conseil de la Fondation de guérison de la rafle des années soixante, auxaînés, aux gardiens du savoir, aux survivants et aux guerriers

HIVER 2021 NOUVELLES DU CONSEIL

Je suis extrêmement reconnaissante de faire partied’un cercle et d’un réseau aussi puissants, formés de gens stimulants que sontles membres du conseil, les aînés, les gardiens du savoir, les survivants etles guerriers qui changent les choses dans le travail que nous accomplissonsrelativement à la rafle des années soixante, mais qui le font aussi au sein denos collectivités en accompagnant les survivants de la rafle, leurs familles etleurs descendants dans leur parcours vers la guérison. C’est là le véritableesprit dans lequel nous pouvons mettre en pratique ces enseignements danstoutes les sphères de nos vies. Même s’il est possible que je ne voie pas toutle monde bien souvent durant notre pandémie mondiale, en cette période sansprécédent, sachez que vos enseignements, les expériences que vous avez vécuesainsi que l’espoir sont pour moi sources d’inspiration, qui invitent à vivre unjour à la fois et à demeurer dans le moment présent. Je vous suis éternellementreconnaissante pour tout cela.♡

Au cours dece solstice et de la saison des échanges de cadeaux, et en tant que guerrièrede la rafle des années soixante, j’aimerais vous faire part d’un messageconcernant les cadeaux qu’apportent le Sentier rouge, le rétablissement et laguérison.

Des débutsmodestes
Je viensd’un milieu où il n’y avait pas réellement de famille, de famille élargie ou delien avec la collectivité et au cours de mes 14 premières années de vie, j’aiété ballotée d’une famille d’accueil à l’autre, tout en devant composer avecplusieurs traumatismes.

Aprèsplusieurs années de pertes, de deuils, de traumatismes et de violence, je nesavais plus comment réagir à tout le chaos qui a marqué ma jeune vie. Vous neserez donc pas surpris d’apprendre que j’ai fait la première tentatived’attenter à ma vie à l’âge de neuf ans et demi. Âgée de 10 ans à peine,j’étais déçue d’être encore en vie. Quelques années plus tard, mon parcoursd’autodestruction s’est amorcé. Je buvais pour en finir avec la vie, jem’enfonçais encore davantage dans l’autodestruction et les dix autres années dema vie furent aussi marquées par des tentatives de suicide. Je dois admettreque la période des Fêtes était extrêmement difficile, surtout l’Action degrâces et la fête de Noël, où les réunions de famille et le fait de seretrouver avec les gens qu’on aime dominent cette période de l’année. Pourcouronner le tout, j’avais abandonné mes études secondaires et commencé à vivrede manière autonome à l’âge de 15 ans, avec un emploi à temps partiel pourpouvoir survivre et avoir un endroit pour vivre. Quand vous venez du réseau desfamilles d’accueil, il n’y a pas de famille pour vous soutenir ni de lieuapaisant pour relaxer. Dans ma tête encore toute jeune, je savais déjà que sije n’avais pas de logement, personne ne m’aiderait à en avoir un! Il ne faitpas de doute que le réseau des familles d’accueil est une excellente périoded’entraînement pour sombrer dans l’itinérance.

De surcroît,en plus de devoir assurer ma survie, d’avoir des comportements extrêmementautodestructeurs et d’essayer de donner un sens à tout ce que j’avais vécu, jedevais composer avec une incapacité importante causée par les traumatismesvécus durant mon enfance. Cette incapacité a fait en sorte que je subissaischaque jour six crises épileptiques généralisées et que je prenais de nombreuxmédicaments.

Alors, voilàoù j’étais rendue – en marge de la société à tous points de vue, ancienneenfant de famille d’accueil et affublée de toutes sortes de troubles médicauxqui m’empêchaient de réussir même si je le voulais. Et pendant que partout, lesemployeurs me disaient : « Pas de problème, nous voulons que tu viennestravailler avec nous. » Dès que je subissais une crise, je perdais mon emploila plupart du temps. En fin de compte, j’en suis venue à penser que je nevalais rien, je n’avais aucune estime de moi-même ou aucun objectif, et c’estce qui m’a menée vers l’autodestruction et la consommation d’alcool. C’était uncercle vicieux et effectivement, j’étais en partie responsable de ce cycled’autodestruction et j’essayais de mettre un terme à ma vie sur Terre.

Le momentdécisif

À 21 ans,alors que je me sentais comme si j’avais 121 ans, j’ai été invitée à participerà un programme de préparation à la vie active. Je n’avais assurément aucunecompétence dans la vie ... en fait, je n’avais pas de vie, point! Au début dece programme, un matin, alors que nous étions à faire la table ronde et àprendre les présences, une femme a écouté mon histoire avec attention. À lapause café, elle a discrètement et gentiment commencé à raconter sa proprehistoire et m’a demandé si j’avais déjà envisagé que j’avais un problèmed’alcool et un problème de vie. J’avais de nombreux problèmes, mais jamais jen’avais pensé que j’avais aussi un problème d’alcool, ha ha! Toutefois, àpartir de ce jour-là, cette femme m’a dirigée vers plusieurs cercles et je suisconvaincue que les germes de l’espoir, ainsi que l’intervention divine, se sontréunis en ma faveur durant les premières semaines où j’ai pris part à cescercles. Durant les premiers mois de ma participation, alors que j’apprenais àfaire confiance à cette démarche, à faire confiance aux autres qui croyaient enmoi, deux miracles sont survenus. Le premier a été le don du Sentier rouge et durétablissement – un jour à la fois, et le deuxième a été celui de pouvoir subirdeux interventions chirurgicales majeures qui m’ont redonné ma santé physique.

Alors voilàoù j’en étais – je vivais une transformation vers le rétablissement, moi quiétais une jeune personne extrêmement autodestructrice à la base, suicidaire,qui buvait pour en finir et subissait chaque jour six crises d’épilepsie. Denombreux enseignements et une nouvelle chance dans la vie, sans médicamentcontre les crises d’épilepsie et sans crises non plus, là sont les cadeaux quem’ont accordés le Créateur et l’univers; des cadeaux que je ne méritais pas(bien malgré moi). Mais j’ai appris très tôt dans mon parcours que bien que lesprésents du Créateur constituent le Sentier rouge, le rétablissement et laguérison, ce que nous en faisons est notre façon de redonner ce cadeau qui nousa été offert.

Redonner...demanière inconditionnelle

Livrée àmoi-même, comme l’ont expliqué les Aînés, j’aurais sans doute passé ma vie enprison (ou, comme je me plais à le dire, dans les bars ou derrière les barreaux),dans des établissements de soin, et j’aurais certainement flirté avec la mort –si je n’avais pas mis moi-même fin à mes jours, quelqu’un d’autre aurait finipar le faire. Cela dit, je corresponds en fait au profil démographique den’importe quelle jeune fille disparue ou assassinée.

J’ai vécu unmoment décisif lorsqu’un Aîné m’a dit que même si cela ne semble pas évident àpremière vue, nos expériences constituent nos plus grandes richesses et nosdons les plus importants.

Avec unedeuxième chance dans la vie, j’ai commencé à vivre et à ressentir de l’espoir,et aussi à passer à l’action – j’ai poursuivi mon cheminement un pas à la fois,en commençant par reprendre mes études afin de terminer ma 12eannée. Par la suite, un autre Aîné m’a encouragée à m’inscrire au programme debaccalauréat en travail social autochtone. Même si j’avais encore derrière moiune petite voix qui doutait de mes capacités, j’ai continué avec une foiaveugle et j’ai déposé ma demande d’admission à l’université. Et par la grâcede notre Créateur, j’ai été acceptée à l’université.

Toutes lespersonnes qui ont étudié à l’université savent à quel point l’éducation estprécieuse. Pour moi, il s’agissait bien davantage qu’un diplôme ou un papier àaccrocher au mur. Mes études ont été un véritable parcours intérieur qui m’ontpermis de rechercher et de chercher mes racines profondes, mon histoire, et deguérir des expériences que j’avais vécues dans le système de protection del’enfance. C’est vraiment à ce stade que j’ai commencé à constater à quel pointnos expériences, nos pertes et nos traumatismes peuvent se transformer en nosplus grandes richesses et aux cadeaux les plus précieux, et à pouvoir entémoigner.

Après avoirobtenu mon baccalauréat, le même Aîné m’a encouragé à faire une demande en vued’entreprendre une maîtrise. Là encore, avec derrière moi une petite voixremplie de doutes quant à mes capacités, j’ai fait une demande et j’ai étéacceptée pour entreprendre une maîtrise.

Encore là,je devais me rappeler à moi-même que n’importe quelle réussite dans monparcours éducatif était tributaire de mon état sur le plan spirituel, de maparticipation à des Cercles extraordinaires et de la poursuite de contacts conscients avec le Créateur. Appartenir à de nombreux Cercles et pouvoirredonner inconditionnellement ce qui m’avait été donné sans rien demander en retour.

Définir mespriorités m’a donc permis d’acquérir le courage et la force dont j’avais besoinpour franchir les nombreuses portes qui s’ouvraient à moi.

Pendant queje complétais ma maîtrise, mes collègues et de nombreuses autres personnesm’encourageaient à faire une demande pour obtenir un doctorat en philosophie(et encore à l’époque, l’abréviation pour doctorat – Ph. D. – voulait dire pourmoi « poor, hungry and drunk », c’est-à-dire « pauvre, affamée et ivre »).J’ai poursuivi mes études en survivant grâce à des beignets de la veille, jevivais à Toronto et je payais mes impôts et mes droits de scolarité avec unbudget d’étudiante – toute une aventure! Mes collègues et d’autres gens de monentourage étaient certains qu’il y avait en moi une histoire non dite, surtouten ce qui a trait au système de protection de l’enfance.

Aujourd’hui,cette époque de la protection de l’enfance est connue sous le nom de rafle desannées soixante.

Comme nousl’apprenons dans les Cercles, j’ai aussi compris qu’avec la sensibilisationgrandissante à l’égard de la rafle des années soixante, je n’étais plus seuleet interdite de parler de ce que j’ai vécu. Des milliers d’autres enfantsautochtones et métis avaient vécu des expériences similaires et avaient leurpropre histoire à raconter.

Aujourd’hui,je mets en pratique ce que ces Cercles m’ont enseigné : que le Créateur a unplan et une vision plus grande pour nous et c’est lorsque nous commençons àporter nos enseignements, nos expériences vécues et nos espoirs dans toutes lesfacettes de nos vies que nous pouvons commencer à devenir un exemple del’encouragement et de l’inspiration que nos ancêtres et nos Aînés, qui sontpassés avant nous, nous ont insufflés.

Je suisconvaincue qu’à ce stade, vous vous demandez sûrement pourquoi je partage cettehistoire. C’est simplement pour me rappeler comment c’était avant, d’où jeviens, les origines modestes qui sont les miennes, et pour me souvenir del’époque où j’avais abandonné, où j’avais mis de côté tout espoir; pour merappeler de l’autodestruction et des tentatives de mettre fin à mes jours. Cesexpériences m’ont appris à refuser la complaisance. Et surtout, je partage cettehistoire sur les dons qu’apporte le Sentier rouge, le rétablissement et laguérison. Les nombreux autres miracles qui nous ont été accordés me rappellentà quel point je suis extrêmement reconnaissante pour ceux qui sont venus avantnous, pour les magnifiques ancêtres, les Aînés, les gardiens du savoir ainsisur les guerriers et les survivants de la rafle des années soixante dans nosCercles et dans nos collectivités. Je suis aussi reconnaissante pour lespersonnes qui viendront se joindre à nos cercles et à un nouveau mode de vie.Le fait d’être une guerrière de la rafle des années soixante sur la voie d’un rétablissementet d’une guérison solides permet de profiter, de nombreuses façons, du plusprécieux des enseignements : celui qui fait en sorte que l’Action de grâces etNoël, tel que nous le connaissons, c’est aussi tous les jours.

Je partagemon histoire parce que je crois qu’il est important de communiquer ma gratitudeindéfectible et mon appréciation à l’égard de nos ancêtres, de nos Aînés et desgardiens du savoir qui sont venus avant nous. Je souhaite honorer et rendrehommage humblement et sincèrement aux personnes qui sont venues avant nous.

Et pour la grâce de notre Créateur, je chemine... unjour et un pas à la fois.♡

Dre Jacqueline Marie Maurice
Directrice générale
Fondation de guérison de la rafle des années soixante
21 décembre 2021